Ghislaine Ottenheimer dans "Les Intouchables : Grandeur et décadence d'une caste : L'Inspection des Finances", une enquête fleuve, fournie, fouillée, étayée se lance sur la piste de cette caste à produire des champions mais aussi des scandales. Elles les nomment les intouchables: peu surveillés, peu sanctionnés, peu contrôlés, ils sont à l'origine des "affaires" récentes du capitalisme français. L'enquête n'est pas qu'à charge. Elle pose la question de l'existence de cette exception bien française qui n'a peut-être plus lieu d'être dans un monde ouvert et non administré.
Jean-Michel Eymeri s'intéresse aussi aux énarques mais dans un autre but: qui se cache derrière un énarque? Dans une étude sociologique très poussée et très chiffrée, "La fabrique des énarques", il démontre les rouages de la sélection sociale de cette école et aboutit à ce constat qui pourrait paraître banal: il n'y a pas d'énarque-type, d'énarque moyen ni même d'énarque médian. Bien sûr, il y a une surpondération des classes supérieures. Bien sûr on crée des moules (savoir être) plutôt que des compétents (savoir faire). A la sortie de cette école, hormis les quelques figures de la botte, le reste de la promotion travaillera "dans l'ombre" (cour régional des comptes par exemple), loin des medias, et avec une qualité de travail certaine. Si Ottenheimer met la lumière sur les rouages du pouvoir détenu par quelques-uns, Eymeri souligne la diversité de l'ensemble des "produits" de cette école.
2 angles, 2 approches, 2 objectifs, 2 méthodes. Et 2 résultats dans 2 ouvrages que j'ai dévorés récemment qui donne un éclairage complémentaire de cette (incroyable, effroyable, formidable) institution dont le poids dans la vie française pose inévitablement l'éventuel lien: réforme de l'Etat, réforme de l'ENA?






par Juju
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